samedi 19 juillet 2014

Pas toujours cool le Raoul

Raoul, de retour de soirée, le matin des résultats du bac.

Dans un mois, cet adolescent insolent s'envolera vers la métropole et Nice. Il n'aura pas dix-sept ans.
Nos sentiments sont ambivalents. Dire que Raoul a été pénible depuis trois ans est un euphémisme. Odieux avec sa mère et à peine aimable avec son père qui ne doit son semblant d'autorité qu'à la peur physique qu'il doit lui inspirer. La fratrie trouve à peine grâce à ses yeux. Il est parfait avec les chats et la chienne qu'il couvre de câlins.
Arrivée au lycée avec une grosse confiance en lui, sa facilité dans les apprentissages et une culture au dessus de la moyenne vont le rendre suffisant et lui donner un droit de juger les adultes et en particulier ses pédagogues; rien ne semble l'ébranler dans ses convictions. Son charismatique grand-père en est lui-même impressionné. Il est capable de s'imposer de fortes contraintes s'il pense que le résultat lui est bénéfique. Il a une forte capacité de mobilisation de ses ressources ce qui lui permet de travailler peu : "je prépare un devoir pas plus longtemps que le temps de l'épreuve". Il a passé son année de terminale à discuter et sans prendre de note. A la lecture de la liste de classe, avant même la rentrée, il avait annoncé : "Ils sont fous, ils ont mis tous les branleurs ensemble!". Il a pris un grand soin à faire que cette prémonition se révèle vraie en étant le leader de ces dit branleurs bavards. A la première réunion avec les professeurs, on annonce que trois perturbateurs empêchent les autres de travailler. Ln ne savait plus ou se mettre bien qu'aucun nom n'avait été prononcé, elle était sûre que son fils en était !
A la maison, il est, la semaine, sur une vidéo, devant la télévision ou lit Courrier International. Le week-end, il est dehors avec son meilleur pote daignant à peine parler à ses géniteurs. De temps en temps, il se réunit avec un groupe d'amis à la plage.
Pour le bac, il a longtemps hésité à réviser, se demandant jusqu'où on pouvait aller dans la provocation qui consiste à faire enrager les besogneux qui ont de moins bons résultats que lui. Au final, comme il le dit lui-même : "Je les ai tous niqués. J'aimerais bien revoir mes profs pour leur envoyer la mention Très Bien dans leur face de mauvais !".
Il profite de ses vacances imméritées, passant le plus de temps possible chez les uns et les autres ou tous ensemble dans une location de la côte ouest. Il est un peu plus cool, le Raoul, beau, intelligent et sensible qui brise le cœur de sa maman refusant d'être câliné. Trop peu macho à son goût !
A lors oui ! Il va nous manquer. Aussi imbuvable soit-il, il remplit l'espace. Il est notre deuxième à quitter le nid. Notre grande maison se vide de sa moelle. Nous ne verrons plus le roux de ses cheveux en bataille chaque matin, nous n'entendrons plus ses commentaires péremptoires et si souvent pertinents. Nous n'admirerons plus en silence le corps galbé de ce gaucher terrible qui maintenant atteint sa taille d'adulte. Mais il faut sans doute qu'il se frotte à d'autres pour grandir, loin de ses parents.
Contrairement à son frère ainé, il a adoré les deux îles, Mayotte et la Réunion qui ont nourri sa curiosité. Il souhaite revenir vite pour les prochaines fêtes. Pour revoir sa famille ou pour gouter à la nostalgie de l'insouciance de son adolescence qui se sera perdue dans la douceur de la Côte d'Azur.

1 commentaire:

  1. Billet lucide, courageux et extrêmement touchant par l'amour qu'il démontre. Que Dieu protège votre Raoul. Toute mes amitiés. Marcel

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