Courir le marathon à Chicago n'était pas dans mes plans de marathons internationaux à priori. Une discussion à l'issue de celui de Berlin l'an passée avec un français me fit découvrir l'existence d'une ligue regroupant six marathons dont celui de Chicago. Obtenir la médaille des six marathons de la ligue devient alors un objectif.
Inscrit un an à l'avance grâce au temps de qualification réalisé à Berlin, j'ai longuement préparé cette course dans mon club Deniv' avec de bons temps sur dix et un très bon semi au début juillet. J'emmène dans mon aventure sportive, deux camarades de club.
J'avais décidé d'arriver tôt à Chicago pour m'acclimater et effacer les neuf heure de décalage horaire. Chicago est une ville immense. Son centre spectaculaire est posé le long du lac Michigan.
Arrivé lundi soir, je découvre le quartier ou je réside. L'appartement est dans un maison situés entre deux quartiers : l'un black, l'autre latinos. Effectivement pendant deux jours, je n'ai pas vu un blanc. Les maisons sont plutôt jolies, pas toujours en bon état et sont symboliques de l'histoire récente de la ville de Chicago. C'était un quartier résidentiel de la classe moyenne, déserté pendant la longue crise de la ville et occupé ensuite par les minorités.
Mercredi, je vais chercher mes dalons* de course à l'aéroport. Pour m'y rendre, je teste les transports en commun qui sont efficaces, propres et bon marché.
Jeudi, il fait froid (alors que la veille il faisait chaud), il y a du vent. Je découvre le surnom de la ville "Windy town". Nous allons en bateau sur la rivière et le lac pour découvrir la ville. L'architecture est magnifique. Les différentes époques des hauts gratte-ciels se côtoient, Chicago est réputé pour son école d'architecture. A noter que la Trump Tower est la seule à afficher de façon si ostentatoire le nom de son propriétaire sur sa façade...
Vendredi, un long tour à l'expo marathon pour les dossards et les emplettes occupent notre journée.
Samedi, les filles vont courir la course des 5km dans le Loop pendant que je fais ma dernière courte séance. Pendant la demi-heure de footing au nord de notre logement, je ne croise que des afro-américains ; tous me souhaitent une bonne matinée. On est très loin de l'image caricaturale de ces quartiers défavorisés. Le reste de la journée est consacrée à se reposer, s'étirer et à préparer les affaires de course.
Dimanche, le temps est incertain, la température a chuté. Nous nous rendons dans le parc qui accueille le départ et l'arrivée, il subit le vent frais du nord-est qui vient du lac.
A 7h30 pile le départ et donné et je passe la ligne de départ à peine 7 minutes plus tard. Sachant que le GPS est inopérant au pied des grandes tours, j'attends le passage du premier mile pour connaitre mon allure : 7'26'', pile sur l'objectif ! Je laisse mon corps faire, il a intégré l'allure grâce à l'entraînement. Effectivement, jusqu'au quinzième kilomètre, il tourne comme une horloge. Le coeur est calé à 148 pulsations par minute soit légèrement en dessous du rythme théorique, sans doute parce qu'il fait frais. Il a commencé à pleuvoir alors que la longue file des 45000 coureurs s'entend vers le nord. Je bois à tous les ravitaillements qui sont nombreux. Je me sens bien sans être enthousiaste et profite peu de l'ambiance. Je gère parfaitement une légère pointe au mollet droit apparue à la poussée dans un virage. Je me détends, respire profondément et change sur quelques centaines de mètre ma foulée. La sensation passe vite.
Assez brutalement une douleur apparait au psoas gauche. J'ai déjà eu ce problème sur le marathon de Saint-Paul. En 2014, elle était passée après 10km. Je ne panique donc pas. Si j'arrive au semi pile dans le temps, j'ai perdu la poignée de secondes d'avance. La course revient dans le centre ville ou l'ambiance est à son comble. Partout la foule nombreuse crie, agite les cloches, brandit des pancartes de soutien dont beaucoup sont peine d'humour faisant référence à l'actualité politique.
La douleur est plus intense et m'empêche maintenant de courir avec aisance. Si je me force à prendre un gel et a continuer de boire, je me suis mis en mode survie. Il s'agit maintenant de finir et d'oublier le chrono. Au 25ème, le psoas droit s'y met, sans doute pour ne pas laisser son compère seul dans son entreprise de démolition de ma course. J'ai vraiment mal et pourtant je ne trouve pas le temps long. Je tape dans les mains des spectateurs pour soulager mon esprit concentré sur mes jambes endolories. Cela me fait du bien sur tellement peu de distance que je me retrouve rapidement à me focaliser sur la seule chose importante : mettre un pied devant l'autre en courant. Il pleut à nouveau faiblement, le flots de coureurs défilent, indifférent à ma peine. Chacun est dans sa bulle dans ce dernier tiers de course. Nous passons en direction du sud, dans les divers quartiers ethniques dont le typique Chinatown ou l'ambiance ne faiblit pas malgré les mauvaises conditions météo pour les spectateurs.
Le retour vers le centre ville n'améliore pas mon état, l'allure baisse régulièrement. Au 35ème, je sais que je vais aller au bout. 40ème, dernier mile, 800m, les panneaux indiquant la distance à l'arrivée sont comme autant de bouée de sauvetage auxquelles s'accrocher. Un dernier faux plat du à un petit pont me tire un cri, j'arrive à peine à lever les genoux ! 400m, 300m, 200m, 100m et la ligne qui s'offre à mes dernières foulées. Je lève les bras car il faut accepter la vérité du jour. 3h41 et quelques secondes. Marcher jusqu'au point de rendez-vous est une épreuve terrible car le mal est là. Je serais soulagé en partie lorsque, assis, je me change pour ne pas attraper froid. Le maillot et le short sont restés humides presque toute la course, il y a peut être un lien...
J'ai couru plus vite et d'autre fois plus lentement. J'ai cinquante ans et je peux encore faire un marathon. Cette course garde beaucoup de son mystère, tout peut y arriver et c'est pour cela que je l'apprécie. Boston, New-York et Tokyo sont mes prochains objectifs.
*dalons : camarades en Créole.
Les pérégrinations de la Famille David dans l'océan Indien ou comment après Mayotte vivre à La Réunion.
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lundi 8 octobre 2018
lundi 15 juillet 2013
Le Marathon de Saint-Paul 2013
| 8 des 11 coureurs de Déniv' alignés sur le Marathon de Saint-Paul 2013 |
Depuis trois mois, il suit un plan de préparation spécifique qui doit le faire courir les 42,195km en 3h30.
Cet objectif était le même qu'il y a douze, pour son premier marathon.
Il a couru cette distance mythique dans de grandes villes (Paris, Londres, New-York et Rotterdam) parmi des dizaines de milliers de coureurs et au milieu de millions de spectateurs. Pour la première fois, il s'essaye sur un marathon domien de l'hiver tropical. La ville de Saint-Paul organise cette course pour le compte du championnat de La réunion de la distance. Moins de 150 inscrits, les meilleurs locaux absents et un nombre de spectateurs aussi peu nombreux que les participants ont rendu cette course inédite pour notre coureur. On pardonnera les imperfections de l'organisation : départ différé d'une demi-heure pour cause de route bouchée, ravitaillement du mauvais côté de la route, absence du deuxième épongeage, traversée des voies de décélération et d'accélération d'une nationale sans signaleur.
| Le départ, il fait déjà jour et nous devions être partis depuis 25mn |
Le plaisir fut ailleurs. D'abord, le simple fait de courir après une bonne préparation, dense et sans gros bobos. Ensuite, pour la première fois, courir les 2/3 de la course dans un petit groupe très régulier jusqu’au 25ème kilomètre. Aussi, profiter de l'assistance des Déniviens aussi nombreux que les coureurs. Ln, en particulier a fait le boulot. De nombreuses fois, elle a ravitaillé, arrosé son homme et ses compagnons de route le long du parcours. Au total, ce sont huit litres d'eau qui ont été distribués. C'est enfin, finir main dans la main avec un partenaire d'entraînement revenu du diable vauvert.
Comme dans tout bon marathon, la soirée fut festive entre coureurs et suiveurs autour de plats locaux et de houblon fermenté avec déjà la projection sur grand écran des photos de la course grâce à la magie du numérique.
| Premiers hectomètres. |
| Un rythme d'horloge suisse du 1er au 25ème. |
| Coach Jonhny palie les défauts du ravitaillement officiel |
| Quelques mètres avant le semi. |
| Trois cents derniers mètres ! |
| Une arrivée commune, remarquez la différence de fraîcheur... |
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| De l'ombre ! |
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| Les coureurs, tous arrivés au stade de Saint-Paul et leurs suiveurs méritants |
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