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lundi 30 octobre 2017

Grand Raid de La Réunion 2017-Point de vue de l'assistance.

Lorsque Ln s'élance sur le front de mer de Saint-Pierre jeudi soir à 22h, elle ne connait pas les péripéties à venir de sa course et encore moins si elle va réussir à parcourir 165km en moins de 66h. Des soucis gastriques l'ont poussé à abandonner l'an passé au tiers du parcours, elle ne souhaitait pas y revenir.
Les semaines ont passé, des amies du club lui ont fait part de leur expérience respective face à l'échec sur un ultra et comment elles sont reparties pour vaincre ce terrible trail considéré comme l'un des trois plus durs au monde.
Elle s'est inscrite sans passion, a été tirée au sort, s'est entrainée moins intensément et avec moins de pression. Jusque là, son année sportive avait été marquée par un premier marathon sur le parcours de St-Paul en avril.
Ln doutait tant de ses capacités à finir faute d'un entraînement sérieux disait-elle qu'elle assurait même qu'elle était susceptible de ne pas se présenter sur la ligne de départ.
La première compagnie n'assiste pas au départ ou l'ambiance est folle et porte les coureurs à des vitesses élevées dans les premiers kilomètres ; il est déjà parti vers Domaine Vidot, lieu du premier ravitaillement. Il a rendez vous avec d'autres membres de Deniv' qui assistent les coureurs du club.
Ln arrive plus vite que l'année dernière. Les bidons sont remplis, le change de vêtement effectué, il fait doux. Elle quitte la route et entame le sentier au milieu de centaines de fous qui ne souffrent pas encore...
Ce premier devoir accompli, le principal supporteur d'Ln monte ensuite en Zoé vers la plaine des cafres, gare son véhicule dans le chemin près du lieu de passage des coureurs, bascule le fauteuil de son véhicule pour dormir trois heures dans son sac de couchage. La lumière du jour plus que l'alarme du portable le sort du sommeil. Il se force à manger et à boire. Il faut tenir et, comme les participants, se nourrir. Les Phacos se succèdent, il les signale à l'assistance club de Mare à Boue situé moins de quatre kilomètres plus loin. Cela permet entre autre de préparer une réparation de fortune sur un sac endommagé d'un coureur du club. Ln arrive en marchant, moins marquée que l'an dernier. Aucun problème n'est signalé. Le temps n'est pas froid, il ne pleut pas, les chemins sont secs. Elle anticipe un changement de chaussures ; tout le matériel étant dans la voiture, cela ne pose pas de souci logistique. La première compagnie s'exécute. La nourriture était prête ainsi que les boissons de l'effort. Il s'agit juste d'être à l'écoute et d'éviter que l'arrêt ne dure trop longtemps. Rien ne vient perturber la routine du ravitaillement si ce n'est quelques informations échangées, la forme des autres qui sont déjà passés d'un côté, la description des paysages magnifiques du côté de Nez de Boeuf de l'autre.

La route est longue, Ln poursuit son chemin à travers les pâturages vers le cirque de Cilaos. La première compagnie range les affaires dans l'auto, le sale et les déchets d'un côté, le reste ordonnancé dans les cartons et sacs. Sur la route, il gonfle la pression de ses pneus de voiture. A Saint-Pierre, pendant que la voiture est en charge, il achète de l'eau plate et gazeuse, prend des nouvelles de sa fille et en donne aux deux aînés vivant en métropole et légèrement titillés par l'exploit en cours de leur maman. Il monte sereinement vers Cilaos, la vitesse est lente derrière un bus. Là bas, l'attend le second dispositif club. Cette année, sous la tonnelle, les coureurs de Deniv' sont choyés. L'ambiance est excellente avant le pointage et les spectateurs nombreux ; Cilaos est un lieu de passage de trois des courses du Grand Raid. La première compagnie se gare sans difficulté proche de l'aire de ravitaillement. Ln arrive dans les temps prévus. Elle ne se plaint pas de la descente qu'elle vient d'effectuer, exercice qu'elle n'apprécie guère tant elle s'y sent mauvaise. Elle se permet d'effectuer une toilette sommaire en plus du change et d'un repas. Il y a le choix sur les tables et il faut se laisser tenter par ce qu'on aime. La première compagnie lui précise qu'elle a déjà été plus loin que l'an dernier. Un peu plus d'une heure plus tard, Ln quitte le confort et les petits mains du club pour attaquer la montée vers Mafate.
La première compagnie remballe et retourne vers Saint-Denis. Il y arrive avec deux kilomètres d'autonomie...une quasi perfection dans la gestion des ressources disponibles et du temps. Il prépare le repas pour sa fille, sort les chiennes, vide l'auto puis fait le tri pour la remplir à nouveau. Il s'agit de recharger les batteries au sens propres...mais les quatre premiers bornes rapides visitées semblent défectueuses. D'autres ne sont plus accessibles à cette heure avancée du vendredi soir. Après une dernière tentative, celle de la concession Renault veut bien délivrer ses électrons ! Lorsque l'indicateur affiche 99%, il prend la route vers Salazie et sentier Scout. A minuit, il arrive devant la barrière qui ferme la route. Il patiente et par chance un véhicule libère une place, il n'a pas besoin de s'éloigner. Il faut quand même marcher une dizaine de minutes avant de rejoindre le poste de pointage chargé comme une mule : la glacière sur le dos et un sac dans chaque main. Ln parait, souriante. Il y a du vent, elle ne reste guère et effectue le ravitaillement rapidement. Elle a dormi à Marla une heure. Elle se sent bien. L'assistant lui indique qu'elle est à mi-course, que ce qu'elle a fait est très bien et qu'elle peut continuer !
Jusque là, la forme était là. La route du retour en voiture de Grand Îlet vers le chef-lieu sera pénible, il faut lutter pour de ne pas s'endormir et assurer le reste de la mission  : aider Ln a finir le Grand Raid, objectif à long terme qui a justifié l'inscription en club il y a six ans.  Il se donne des claques et fixe l'enjeu dans son esprit : il ne s'agit pas de se foutre en l'air maintenant. Il arrive à quatre heures du matin, s'effondre habillé sur son lit non sans avoir dans un dernier geste programmé l'alarme trois heures plus tard. Au réveil, il se rend au Stade de la Redoute pour assister à l'arrivée en héros du coach. Il croise un camarade de club, ils décident d'aller ensemble au Maïdo. La première compagnie est rassuré, la route sera moins pénible. La recharge complète de la batterie à Saint-Paul est l'occasion d'acheter deux bouteilles de Coca et un taboulé, demande express d'ln à fournir à la prochaine rencontre.
La Zoé ne peine pas dans les lacets vers le Maïdo, la puissance électrique est tout de suite disponible au sortir des virages. C'est un excellent véhicule d'assistance. A l'approche du sommet, les voitures se bousculent sur la route forestière, certaines sont mal garées et gênent le flux. Un bus est coincé. Les familles sortent chargées de paquets et de sacs. Cette course est l'occasion d'une sortie et d'un pique-nique avant de soigner, nourrir et d'encourager le coureur que l'on suit. Il faut marcher du parking vers le lieu de ravitaillement du club. Le temps est couvert. Les deux compères passent devant la fin du chemin qui extrait les coureurs du cirque Mafate. L'ambiance est extraordinaire, on croirait être au col du Galibier pendant le tour de France. L'assistance club est bien installée après le pointage et la vue dans le cirque est magnifique. Ln téléphone pour se faire préciser où nous sommes ; elle montre des signes d'impatience et donc de fatigue. On envoie un bénévole à sa rencontre pour la guider. Son avance sur les barrières horaires est large, elle reste suffisamment longtemps pour se nettoyer, se changer complètement, se faire masser, dormir quelques minutes, manger le taboulé et boire un coca frais. Elle repart sous les hourras des bénévoles du club et des coureurs qui s'attardent. "Avance le plus possible tant qu'il fait jour !" est le seul conseil qu'elle entendra de la première compagnie.
Le retour vers la voiture est très agréable sur un chemin dans la foret du Maïdo.


L'école de La Possession est le point de rencontre prévu suivant. Pourtant Ln appelle à Sans-souci pour savoir si elle verra son mari. Elle n'en est plus sur...un signe de fatigue supplémentaire. Au début de cette troisième nuit de course, elle affronte la descente très technique de la Kalla. Tenant une vieille promesse, le responsable de l'assistance part à sa rencontre. Il la ramène à minuit passé. Elle est maintenant très fatiguée. Elle a une petite ampoule, cela sera le seul bobo à ses pieds ! Elle souhaite dormir. Après avoir été massée, on la laisse fermer les yeux quarante cinq minutes. Le réveil est lent, elle enfile péniblement son sac. La photo au milieu de deux camarades avant de s'y remettre lui arrache un sourire forcé. "Dans huit kilomètres, on se retrouve ! " Elle s'enfonce dans la nuit sur le chemin des Anglais.

La première compagnie dort un heure à la Grande Chaloupe, puis il s'assoit sur un rocher au débouché du chemin. Il a peur de s'endormir et de ne pas voir Ln. Il n'aura pas le temps de se rendormir. La voilà qui sort du noir. Optimiste, il ne s'attend pas à cette réponse à la question "Comment ça va ?".
"Pas du tout ! Je ne vois rien, mes frontales n'éclairent pas, je penche à gauche à cause de mon oreille interne ! Je ne sais pas où mettre mes pieds à chaque pas. Je ne sais pas comment je vais pouvoir finir. Elle pleure. La première compagnie lui tient la main pour marcher jusqu'à la voiture. Pendant la pause, il s'agit de ne pas prendre froid en cette fin de nuit. Il pense au coach et à ce qu'il aurait fait dans cette situation... Il lui demande si elle veut du Coca. Elle répond par l'affirmative. Il l'invite à boire la bouteille d'un demi litre entièrement. Ensuite, il l'a fait respirer pour qu'elle retrouve son calme et un semblant de lucidité. Elle inspire par le nez, souffle par la bouche à un rythme lent plusieurs fois. Les mot sont posés sans heurts "Tu as déjà parcouru 153km, il t'en reste douze seulement. Ne pense à rien d'autre qu'à mettre un pied devant l'autre." Il lui dit maintenant qu'il faut y aller. Sortie de la voiture, Ln ne sait pas dans quelle direction marcher, elle est désorientée. Il l'accompagne sur le plat avant la montée. Ln a du mal a poser les pieds sur les traverses de la voie ferrée, passage obligé vers le pointage. "Mais pourquoi nous font-ils passer par là ?". C'est une question qui n'aura pas de réponse. Avant d'entamer la seconde partie du Chemin des Anglais vers le Colorado, elle s'entend dire "Dans 45mn, le jour sera là, cela ira beaucoup mieux, tu retrouveras tes repères visuels. Le Coca te permet de tenir jusqu'au jour. Mets un pied devant l'autre !"
L'inquiétude maintient la Première Compagnie en éveil. Coups de fil et messages sont échangés avec la famille et les camarades de club. Elle verra des visages connus au Colorado. Cela l'apaise quelque peu. Il rentre à la maison, s'occupe des animaux, vide la voiture une dernière fois et ne garde qu'un T-Shirt propre et une paire de claquettes imaginant ce dont elle aurait besoin à l'arrivée. Il réveille sa fille pour qu'elle vienne voir sa mère en finir. On l'informe de son passage au Colorado. Elle semble aller bien, le jour et le coca ont produit leur effet. Dans moins de deux heures, elle en aura fini !
L'attente au Stade de La Redoute est interminable. Il fait un temps magnifique, beaucoup de monde est là pour féliciter les coureurs qui en finissent. Les amies de club d'Ln décident d'aller à sa rencontre sous le Pont Vinh-San, un autre grimpe quelques hectomètres plus haut. La première compagnie ne sait plus où se placer pour l'attendre, va et vient partout dans l'immense aire d'arrivée des quatre courses du Grand Raid. Il passe un message au camarade parti à la rencontre d'Ln : "Donne du rythme à la descente pour qu'elle finisse en moins de 60 heures". Il croise le coach qui a fait l'effort de venir, lui qui a fini à la première place de sa catégorie après un course d'anthologie vingt quatre heures plus tôt. Les notifications sms, de Facebook, de Whatsapp éclairent son téléphone portable frénétiquement. Il sait qu'elle arrive, elle a pointé à la Citerne. Il est déstabilisé par le moment à venir qui va mettre fin à tant d'efforts. Des années d'entrainement à forger son corps, des mois de sorties spécifiques pour le pousser dans les montées et apprendre à descendre plus vite, un abandon cruel l'an dernier sur cette même course, trois nuits et deux jours et demi pour traverser l'île intense du sud au nord. Il imagine ce qu'elle va ressentir : la délivrance. Il donne l'appareil photo à Philippine avec quelques instructions de cadrage, se place face à la dernière ligne droite, quelques mètres après les tapis qui enregistrent le passage des puces électroniques et arrête le chronomètre. La voilà qui parait après le virage de la piste d'athlétisme, il reste cinquante mètres. Entourée, applaudie, encouragée, elle marche et prend son temps pour savourer ses derniers pas sur un ultra. Elle rayonne, un immense sourire illumine son visage qui ne parait pas fatigué à cet instant. Elle passe la ligne lentement en levant les bras au ciel à l'invite de la première compagnie. Il tombe dans ses bras et pleure, cela lui a semblé tellement dur. Ln est transportée par la joie.
Elle récupère son T-shirt finisher et sa médaille. La première compagnie lui passe les deux autres médailles autour du cou qui complètent la trilogie des courses du Grand Raid de la Réunion : Mascareignes 2013, Trail de Bourbon 2014, Diagonales des Fous 2017. Elle embrasse maintenant tous les amis du club et les cousins. Ils sont nombreux. Quel bonheur d'être entourée par tant de monde et de partager ce moment de bonheur.
Cette course est magique par sa difficulté, par les paysages uniques parcourus et parce que toute l'île vit au rythme des coureurs. La famille, les suiveurs, les assistants peuvent être proches d'eux à de nombreux points de passage dans la course. S'ils sont utiles pour aider les coureurs à supporter les petites douleurs et les grands moments de détresse, ils n'existent que par eux. Sans coureurs, il n'y a pas d'assistance. Merci à eux et à Ln !
#fierdln







samedi 13 juin 2015

Transrun 2015 : un relais elite pour les Girls

La course à pied est une activité physique individuelle en compétition et quelques fois collectives.
C'est ainsi qu'Ln et trois dalones(1) du club Deniv' ont monté une équipe pour participer au premier relais parcourant l'île du nord au sud.
Après l'inscription et la confection de t-shirts pour l'équipe, il a fallu organiser l'assistance et trois garçons se dévouèrent pour servir ses dames.
L'équipe des Girls a offert de beaux moments sur les chemins techniques de La Réunion. Chaque passage de relais, à Dos d'Ane, Hell-Bourg, Piton Textor était rempli d'émotion. Elles ont couru l'une pour l'autre. Les quatre fantastiques, solidaires, ont franchi la ligne ensemble à Saint-Philippe. A noter que l'équipe des garçons du club a fait de même en plus d'un podium, ce qui dénote un bel esprit de club.
L'assistance a été ravi de participer aux efforts de ces belles de course et ont pu être invités pour fêter les efforts consentis.
Les Girls au départ. Crédit photo : Patrick Lauret


Ajouter une légendeAttente : Ln se restaure à Hell-Bourg
Attente à Hell-bourg

Arrivée de Sarah à Hell-bourg après 50km d'effort !
Passage de relais Sarah-Ln



Départ de Hell-bourg

Arrivée d'LN à Piton Textor
Passage de relais à Sandrine

En attendant Sandrine. 

Arrivée à Saint-Philippe




Les Girls et les assistants de course



 A l'année prochaine pour la Transrun 2016 !



(1). Note pour les lecteurs métropolitains. Du substantif  créole "dalon" pour dire ami, complice. A priori ne se féminise pas. C'est un néologisme créopolitain.

mardi 18 novembre 2014

Assistance Grand Raid 2014

Assister une coureuse d'une des épreuves du Grand Raid est un vrai boulot !
Il y a certes les ravitaillements organisés par l'association qui gère les trois courses (Diagonales des Fous (172km), Trail de Bourbon (92km) et Mascareignes (67km)). Mais le coureur a ses manies, ses exigences, ses habitudes et sa tactique de course qui l'obligent à prévoir des ravitaillements complémentaires. Si l'on se fie au règlement des courses, ils sont d'ailleurs autorisés en amont et aval des ravitaillements officiels jusqu'à une certaine distance.
Ln avait ainsi prévu minutieusement la nourriture, les boissons, les vêtements, les chaussures à proposer à divers endroits du parcours...encore fallait-il une bonne âme pour se démener et être présent aux heures de passage prévues.
L'assistance a commencé avant la course. Pendant trois jours à Cilaos, faire la cuisine, rassurer, prodiguer sans avoir l'air de mettre la pression quelques conseils ultimes, faire éviter des marches inutiles et surtout interdire d'aller voir les coureurs de la Diagonale des Fous qui passaient vendredi pour ne pas "sortir de sa course".
Pendant qu'LN ne faisait rien la veille du départ du Trail de Bourbon, les participants du club à la grande épreuve ont pu profiter du mini-stand Deniv' en face de la Mare à Joncs. Lorsqu'ils passaient : un bonjour, quelques questions pour cerner leurs éventuels besoins en eau, nourriture, massage, réconfort, ... Ceux-là ne s'attardaient guère, ayant encore plus de 100km à parcourir. Une invitée de marque dès le matin a animé le lieu. Le club avait la lourde et grande responsabilité du ravitaillement de la favorite...Malgré une liste précise de tâches à réaliser fournies par Nathalie Mauclair, la mission a été partiellement remplie puisque sa boisson de l'effort a été trop diluée dans la bouteille pourtant marquée. Ne nous en tenant pas rigueur, elle est repartie souriante et déterminée vers la victoire. Nous ferons le bonheur des pages sportives des deux quotidiens de La Réunion du lendemain  et d'une vidéo !

Plus tôt, le premier masculin s'était fendu d'un regard vers l'objectif, sa foulée aérienne menant avec une classe folle ce grand corps de vigneron à presque 14km/h et après plus de 60km de course ! A Cilaos, déjà, il y avait lui et les autres...

Ln, respectant les consignes, n' a pas profité de ces péripéties pour garder son jus. Le dernier repas de pâtes a permis les ultimes calages et une fois avalé, elle est allée se coucher.
A trois heures du matin, il faut se lever pour emmener les cinq Déniviens sur la ligne de départ puis retourner au gîte, charger les bagages dans la voiture, avaler quelques calories et convaincre les enfants de venir près de la ligne de départ pour voir leur maman passer. Une fois avoir vu Ln dans la masse trottinant vers le Kerveguen, nous filons dans l'auto. Il s'agit d'être dans les premiers sur la route qui descend à Saint-Louis et éviter les encombrements. Dans les centaines de virages, le petit-déjeuner est malmené et les enfants vomissent...à l'extérieur de l'habitacle ! Dès que nous sommes sur la quatre voies, ils finissent leur nuit alors que le jour pointe et il faut toute la volonté du conducteur pour ne pas s'endormir aussi. A Saint-Denis, les sacs sont déchargés, une douche est prise, les animaux sont nourris, quelques posts sur Facebook  rédigés.
A pied les trois cirques sont proches. En voiture, ils sont distants et il ne faut pas traîner !
Ln et son assistant personnel. à Hell-Bourg
Direction Hell-Bourg pour le premier ravitaillement d'Ln. L'accès est facile et l'organisation est remarquable. Sous les arbres, nous attendons les coureurs du club. Ln parait au sortir du sentier de Bélouve. De la Cilaos (eau gazeuse locale) dans un verre, quelques barres de céréales placées dans les poches du sac et un massage plus tard, elle repart sans traîner. Parmi nos amis, les visages sont encore frais pourtant il faut soigner les gros bobos de celui-ci. Un autre abandonne, incapable de respirer correctement. Les drames se nouent qui vont alimenter les récits épiques du parcours dénivelé. Celui-ci arrive, les larmes aux yeux. La peur le paralyse dans les descentes qui lui remémorent une chute dans une précédente course ; il ne dut la vie qu'à quelques racines où s'agrippèrent ses mains alors que le corps était happé dans le vide. Il songe à s’arrêter puis repart à peine confiant. Nous rangeons le matériel en attendant la dernière coureuse du club.

Reprendre la voiture vers Grand Îlet pour le ravitaillement suivant. Il faut monter vers le début du Sentier Scout. Malgré l’étroitesse de la route et les nombreuses voitures des suiveurs garées à qui mieux mieux, les coureurs sont protégés grâce à des feux installés et un passage réservé avant de basculer dans le cirque de Mafate. Le temps se gâte, la température est fraîche. Les sacs de ravitaillement sont placés sous le parapluie. Les Déniviens passent au point de ravitaillement. Les écarts se sont creusés. L'ambiance est bonne qui accueille les forçats du sentier. La pluie s'invite. Des coureurs à l'équipement minimum, vêtu du seul t-shirt de course déboulent trempés. C'est un spectacle pour les ravitailleurs. Il faut s'employer aussi. Poser des questions aux coureurs du club. Celui-ci demande un massage, les muscles durs après la longue montée. Le baume Kalmanou fait des miracles. Ln aussi, se fera masser sous la pluie, posée sur un rocher. Des tragédies sportives pièces prennent fin sur les bords du cirque de Salazie. C'est une tristesse de voir un camarade de club relancé à Hell-bourg, jeter l'éponge maintenant. Il a essayé mais les souffrances du corps ont eu raison de sa volonté. Pour d'autres, la fin du scénario reste en suspens. Finira-t-elle alors qu'il reste plus de la moitié du chemin à parcourir, le ventre vide, incapable d'avaler du solide ou du liquide ? Dépassera-t-il sa peur du vide; lui qui était si mal à Hell-Bourg ? Il demande "Tu es en voiture...je peux rentrer avec toi ?". Après une hésitation : "Oui, mais il faudra que tu patientes jusqu'à la la fermeture du poste de ravitaillement vers 18h, J'attends le dernier Dénivien. Cette perspective ne l’enchante guère et il poursuit son chemin. Il finira la course. On retrouve un autre suiveur sous les gouttes, venu aider sa femme. Quand elle s’arrête à sa hauteur, il lui apprend qu'elle est première dans la catégorie. Loin d'être rassurée, elle reste tendue et ne montre aucune satisfaction apparente. Elle file sans se poser vraiment. Vers la victoire ? On apprendra son abandon aux 2/3 de la course, torturé par des maux de ventre et affaiblie par les vomissements. Pour chaque coureur de Deniv', une photo est prise, envoyé à un camarade qui est connecté et qui diffuse les infos en direct sur la page du club !
On laisse Ln, avec des encouragements et une consigne "Avancer le plus possible tant qu'il fait jour". Dans la traversée de Mafate, elle se contente des ravitaillements officiels. Uniquement accessible à pied, ce cirque ne permet pas l'assistance de notre chère coureuse. Comment sera-t-elle à la sortie de Mafate ? Pour le savoir, on reprend l'auto, parcourt la moitié de l'île, retourne à la maison, s'occupe de la pitance des enfants et des animaux, publie sur Facebook, mange quelque peu.
Le point de rencontre suivant est Dos d'Âne. Se garer est toujours difficile dans ce village. Il faut être patient et chanceux. Garé, loin du lieu convenu, on marche pour retrouver Ln et les autres coureurs du club. Il y a du monde et une ambiance formidable. Un groupe de musiciens amateurs du quartier improvise un Maloya pour accueillir les coureurs du Trail fourbus par la montée entre Deux-Bras et Dos d'Âne et ceux du Grand Raid, non moins épuisés qui viennent du stade de Halte Là . On dirait l'arrivée au col du Tourmalet : chaque coureur est applaudi et les vivas le portent sur les derniers mètres montant du sentier. Ils ont du mal à fendre la foule pour poursuivre leur chemin ou à trouver une place ou se ravitailler tant la foule veut voir, toucher les héros du jour. On retrouve notre ami perclus de crampes. De nouveau, un massage au baume lui permet de repartir avec des jambes neuves pour finir l'épreuve. Ln parait. Elle n'a besoin de rien d'autre que d'eau gazeuse. Elle a bien mangé et s'est faite massé par une kiné à Deux Bras. Le soutien moral est bienvenue alors que la nuit est avancée. On insiste sur le classement et les progrès en descente qui permette une place honorable. "C'est formidable ce que tu fais !". Montrer le positif pour relativiser les douleurs et la fatigue après vingt heures de course.
Le prochain rendez-vous est à la Possession. Il y a là un stand Deniv'. Il est stratégique; les participants aux trois courses du week-end y passent. Des moyens matériels conséquents, du monde pour réconforter, nourrir, masser, remplir les bidons. Il permet de remettre d'aplomb même les plus épuisés pour les derniers kilomètres. L'ambiance est conviviale au milieu de la nuit. La brigade des bénévoles du club attend les derniers Déniviens. Ln y arrive plus vite que prévu. Elle s’arrêtera longuement : changement de tenue complète, petits soins, massage et crêpes ! Notre suiveur aussi doit repartir car son travail n'est pas terminé. Ramener une coureuse qui a abandonné à la maison.
Ln à la Grande Chaloupe
Repartir au plus vite pour ne pas manquer Ln à la Grande Chaloupe alors que le jour se lève. Elle n'est plus très lucide. Les mots sont importants. "Tu es bien descendue. Celui qui vient de te doubler à fond de train sur les pavés ne faisait pas la course...Au contraire, tu as encore gagné des places !". Il s'agit maintenant de l'accompagner quelques centaines de mètres sur le plat avant qu'elle n'emprunte l'ultime montée. "On se revoit à l'arrivée !" est lancé comme une promesse et par la même c'est une obligation pour Ln d'en finir.
Retourner à Saint-Denis est une vraie difficulté. Comme Ln, le sommeil manque pour conduire en sécurité. Arrivée à la maison, quelques minutes pour dormir sont les bienvenues. La douche pour réveiller le bonhomme et un thé noir sont nécessaires et se préparer au meilleur : l'arrivée d'Ln au Stade de la Redoute. Elle se fait attendre sous le soleil Dyonisien. Lorsqu'elle quitte le sentier et entre dans le stade, elle est vraiment marquée. "Cours sur les derniers mètres !". C'était le dernier conseil après trente heures d'effort. Le reste n'est que bonheur et partage. C'est la satisfaction du ravitailleur. Il a fait le job pour que sa coureuse aille au bout de son exploit. Sa dernière action sera de donner une paire de savates à Ln qui s'allonge dans l'herbe. Et il pense au Grand Raid. Quand elle s'y alignera, il faudra assurer une assistance pendant 60h !


samedi 24 mai 2014

Ln sur le D-Tour 2014

La saison des trails se poursuit pour Ln qui s'élançait ce matin pour 60km d'efforts sur les hauteurs de Saint-Denis.


Contrôle des sacs en compagnie du phaco Sylvain.
J'y vais ou j'y vais pas?

Ln ne se sentait pas vraiment en forme pour cette épreuve. A quatre heures, elle a néanmoins démarré avec le sourire et quelques dalons du club. L'objectif est une grande boucle autour du chef-lieu passant par les hauts. Le parcours est technique et peu roulant dans les descentes point faible de notre sportive.
























J'y vais !
A mi-chemin à Dos d'Ane, Ln avait la tête des mauvais jours et peu d'envie de poursuivre. Coca, soupe, eau, chocolat noir, massage et elle est repartie à l'assaut des cimes.


Une légende du trail local,
il court en savate !
A mi course, au stade de Dos d'Âne.




Arrivée à la fin du jour, elle parait au Barachois. Nous la retrouvons avec le sourire. Elle aura gardé le même rythme de course dans la deuxième partie. Sur l'ultime descente, elle a bien progressé en temps. Bref, Ln est heureuse, fatiguée et le corps endolori. Beaucoup d'efforts, de l'expérience accumulée pour la grande course d'octobre...

Blessure de guerre


Le phaco Gino. "Viens, je t'explique comment aller vite !"










dimanche 23 février 2014

Ln sur le Trail des Anglais 2014.



Contrairement à l'an passé, Ln n'a pas manqué l'occasion de courir cette épreuve. Dès les inscriptions ouvertes, elle s'est ruée sur son clavier pour y laisser son numéro de licence et son du.
Ce matin, elle faisait partie des 1400 chanceux qui devaient relier la ville du Port au stade de la Redoute à Saint-Denis.
Le parcours débute par quelques kilomètres en urbain puis les participants empruntent l'historique chemin des anglais pavé sur dix kilométres. La fin du trail est un chemin avec une ultime descente très technique à partir du parc du Colorado. Le départ à 5h30 évite les fortes chaleurs de la fin de saison des pluies pour qui ne lambine pas trop. La course est bien organisée et les ravitaillements généreux.
Ln a adoré l'épreuve pour la variété des types de sol qu'elle offre à sa foulée, pour la succession de plats, montées et descentes et pour les points de vue. Elle est très heureuse de sa performance et a progressé dans les descentes qu'elle a abordées avec moins d'appréhension : 88ème femme sur plus de 250.











Le Trail des Anglais est l'une des trois ou quatre courses sur lesquelles elle va s'aligner avec en point d'orgue, le Trail de Bourbon en octobre. La aussi, il lui a fallu se presser dès les inscriptions ouvertes, en moins de 24h, tous les dossards étaient partis; La Réunion est devenue une terre de Trail !